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jacques EHRMANN

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Méfiance : Je ne suis pas forcément ce que je parais être ! De moi, je dirais que je suis "inclassable" !
la musique que vous avez pu entendre sur ce blog
June 19

QUI S'INTERESSE ENCORE AU MYANMAR ?

Le Myanmar, ça vous dit quelque chose ? Enfin, parlons plutôt de Birmanie car les media français, peu familiers de cette région du monde, ont quelques années de retard et semblent croire que la capitale de cet état est Rangoon alors que cette ville, dont le nouveau nom est YANGON, reste la plus grande ville du pays certes, mais n'en est plus la capitale qui se nomme NAYPYIDAW et se trouve maintenant au centre du pays de par la volonté des militaires actuellement au pouvoir.
 
Le Myanmar (ou la Birmanie, peu importe) a pourtant été au centre de l'actualité dans le monde entier en septembre dernier, il y a donc neuf mois.
Rappelez-vous : Cette population, l'une des plus pauvres au monde, manifestant dans la dignité et de la façon la plus pacifique qui soit, moines bouddhistes en tête, contre une augmentation du coût de la vie devenue insupportable, mais aussi contre un régime dictatorial qui régente et ruine le pays, illégalement, depuis près de vingt ans.
 
 
La répression avait été terrible provoquant l'indignation dans le monde entier : , une indignation qui avait un peu oublié les très nombreuses victimes parmi la population pour se focaliser sur l'assassinat, certes spectaculaire car perprété de sang-froid et sans la moindre retenue, d'un journaliste japonais qui ne faisait là que prendre des photos c'est-à-dire : son métier ! Mais il est évident que les journalistes auront tendance à s'émouvoir particulièrement si l'on s'en prend à l'un d'entre eux.
 
Pendant quelques jours le monde entier découvrit le visage de cette immonde brute qu'est le général THAN SHWE à la tête de la junte militaire au pouvoir :
 
Quelque peu effaré, le monde apprit également qu'en 1990 des élections libres avaient été largement remportées par la National League for Democracy dirigée par AUNG SAN SUU KYI
, des élections immédiatement annulées par la dictature militaire, Aung San Suu Kyi étant assignée à résidence lorsqu'elle ne se trouve pas en prison. et ce depuis près de vingt ans !
 
Vertueuse indignation mais qui, comme d'habitude ne dura qu'un temps. Des sanctions furent évidemment votées par l'ONU, sanctions inappliquées ou inapplicables et tout continua comme avant mais, cette fois, dans l'indifférence totale.
 
Je n'avais alors pas manqué de faire part sur cet espace de mon indignation personnelle d'autant plus forte que nous étions, avec ma femme et un petit groupe d'amis, au Myanmar en mars 2007 donc six mois plus tôt. Nous connaissions évidemment la situation dans ce pays et nous avions bravé le boycott qui n'est jamais une solution car il est plus important d'aller sur place, de voir et de témoigner ce que je n'ai pas manqué de faire.
 
Et, malgré cette pesante dictature, nous avions découvert un peuple très accueillant et faisant preuve d'un grand courage et d'une grande dignité.
 
L'affaire aurait pu rebondir avec l'arrestation récente de AUNG SAN SUU KYI qui va donc passer son 64ème anniversaire en prison et qui, pour une affaire absolument rocambolesque (elle est accusée d'avoir "hébergé" un Américain malgré son assignation à résidence), risque maintenant trois à cinq ans de prison.
 
Mais nous avons, en France, d'autres chats à fouetter : la crise, le résultat des récentes élections européennes, le bac, le tour de France ... et on a complètement oublié le Myanmar et ses malheureux habitants.
 
C'est pourquoi j'ai décidé, en souvenir de mes amis birmans, si attachants, d'apporter ma modeste contribution en vous proposant un album photo avec 135 portraits de citoyens birmans, un album que vous pouvez voir en cliquant sur "photos".
 
En rappelant que si, à propos de ce pays, on continue à parler de "Birmans", le Myanmar, même s'il comprend une majorité de Birmans, compte pas moins de 130 minorités ethniques dont plusieurs sont représentées dans cet album :
 
Des Birmans bien sûr : , les femmes se couvrant souvent une partie du visage de poudre de thanaka, en principe, pour se protéger du soleil :
mais une poudre que les jeunes filles coquettes n'hésitent pas à utiliser pour de savants maquillages :
 
Et, parmi les minorités ethniques que nous avons pu rencontrer,
des femmes Pa-Dong, dites "femmes-girafes" du fait des importants colliers en spirale qu'elles portent sur le cou : ;
 
des Pa-O généralement reconnaissables à leur turban très coloré , souvent rouge ou orangé rayé noir : ; des Paulaung aux riches vêtements rouge et noir avec, pour les femmes, de très larges ceintures parfois en argent : et, dans les montagnes de la région de KYAING TONG, les Ann  et les Akha dont les femmes portent de somptueuses coiffures enjolivées de colliers de perles, de pièces, boules et plaques d'argent, le tout pesant très lourd. Mais ces costumes ne sont pas des habits de fête; les femmes Akha les portent en permanence, y compris pour aller aux champs ou au marché.
 
 sans oublier, bien sûr, les moines et nonnes, le bouddhisme étant partout présent au Myanmar :
 
 
Neuf mois après ces terribles évènements, mes pensées vont vers eux et, bien entendu vers AUNG SAN SUU KYI en prison alors qu'elle devrait être au pouvoir depuis près de vingt ans et qui doit trouver bien dérisoire le Prix Nobel de la Paix qu'on lui a donné comme lot de consolation.
 
Si, comme moi, vous avez été indignés par les agissements de cette dictature militaire, ayez une pensée pour le peuple birman faute de pouvoir faire mieux !
 
 
June 17

OUZBEKISTAN XIX - KHIVA (fin)

Pahlavan MAKHMOUD (1247 - 1325) est le saint patron de la ville de KHIVA. Il était fourreur mais aussi un lutteur hors pair et un poète. Issu de la tribu des Kungrad, il est considéré comme le fondateur spirituel de la dynastie.
Son tombeau fut construit à l'emplacement de son atelier de fourreur et, en 1810, il fut inclus dans le mausolée dynastique des khans Kungrad.
 
Un haut portail conduit à une cour intérieure sur laquelle donne la khanaka surmontée d'un tambour et d'une coupole bleue turquoise.
 
 
Dans la cour se trouve un puits où viennent boire les jeunes mariés désirant un enfant :
 
Au pied du mausolée se trouve une fabrique de suzanni :

Le plus haut minaret de KHIVA (44,50 mètres) fut construit en 1910 par le vizir d'Isfandiar KHAN, ISLAM KHODJA.

Il s'agit d'une des dernières réalisations architecturales islamiques en Asie centrale.

Le minaret avait un triple rôle : religieux, militaire et celui d'être un point de repère dans le désert ainsi que dans une ville pleine de méandres.

Sa forme élancée et ses anneaux colorés rétrécissant vers le sommet le feraient presque paraître plus grand que le minaret KALON alors qu'il mesure 4 mètres de moins.

La madrasa Islam KHODJA, bâtie en 1908, est de petite taille. Seule la façade présente deux niveaux afin de s'harmoniser avec le puissant minaret.

De l'extérieur, rien ne permet de deviner le caractère grandiose de JUMA MASJID, la mosquée du vendredi.

L'intérieur est en effet surprenant. Une forêt de colonnes de bois sculpté soutient le plafond de la mosquée. Chaque pilier semble avoir son histoire.

 Sa décoration est abstraite comme le veut l'Islam mais on y devine toutefois des représentations humaines. En étudiant de près les ornementations, on peut découvrir des symboles zoroastriens, des représentations du Bouddha, etc. En effet, les riches marchands venant en affaires à KHIVA offraient parfois à la mosquée une colonne sculptée dans le style de leur ville ou de leur pays.

Les plus anciennes colonnes, une quinzaine en tout, datent des Xème et XIème siècles. Au total, la mosquée compte 213 colonnes, toutes d'âges et de motifs différents.

Nombreux sont encore les autres bâtiments importants de KHIVA mais la ville a quand même conservé, à sa périphérie, une partie habitée même si celle-ci est aujourd'hui très réduite

La ville vit essentiellent du tourisme, un tourisme pour le moment purement local, les étrangers se faisant fort rares mais on trouve un peu partout des vendeurs de produits locaux, notamment des fourrures, l'une des spécialités de la ville : des suzanni bien sûr mais également des marionnettes

Nous avons pu également assister à très beau spectacle donné par une troupe folklorique locale, représentation rappelant plus une république soviétique qu'un pays réputé à 90 % musulman !

Nous quitterons tout de même la ville un peu frustrés de n'avoir pu y passer plus de temps tant il y avait de choses à voir et nous n'oublierons pas les splendeurs que nous y avons vues : les remparts, les coupoles, les madrasas sans oublier le superbe minaret KALTA MINOR devenu le symbole de cette ville-musée tout à fait exceptionnelle.

 

Le 27 mars dans la soirée, nous allons reprendre l'avion non en direction de PARIS mais pour ... TASHKENT, la compagnie nationale UZBEKISTAN AIRLINES n'ayant de vol direct pour PARIS qu'au départ de la capitale alors qu'OURGUENTCH et censé avoir un aéroport international ! Nous allons donc refaire en avion tout le chemin parcouru depuis le début de notre périple ce qui est aberrant autant sur le plan économique qu'écologique mais là se trouve le paradoxe Ouzbek !

(à suivre)

 

 
 
June 01

OUZBEKISTAN XVIII - KHIVA (première partie)

Notre voyage en Ouzbekistan se terminait en apothéose à KHIVA.
Située à 30 kilomètres d'OURGENTCH dans la région de KHOREZM, la ville de KHIVA, qui a fêté ses 2.500 ans en 1997, est une curiostité unique en son genre.
Les rénovations lui ont donné un aspect de décor de cinéma d'autant plus irréel que la ville intérieure a été littéralement vidée de ses habitants par les Soviétiques.
Aujourd'hui, seulement 1.500 familles ont récupéré leur maison à l'intérieur de la première muraille.
Côté architectural, KHIVA nous offre un véritable voyage dans le temps même si la plupart des monuments actuels ne sont pas plus vieux que ... la ville de NEW-YORK

Les archéologues datent la fondation de KHIVA du Vème siècle avant J.C. mais elle ne prit sa place dans l'histoire que vers le Xème siècle. Ce n'était alors qu'une ville étape sur la route des commerçants.

Du Xème au XIIIème, KHIVA fait partie de l'empire samanide et connaît une certaine prospérité; on y construit des caravansérails et des mosquées mais elle sera dévastée en 1220 par Gengis KHAN puis enlevée  par TAMERLAN. Les murailles d'ichan KALA sont reconstruites, le commerce refleurit et KHIVA devient l'une des villes les plus importantes de la région.

Au début du XVIIème siècle, KHIVA devient la capitale du nouveau khanat mais les luttes de pouvoir entre les khans de KHIVA et ceux de BOUKHARA affaiblissent le khanat qui succombe en 1740 sous les attaques du souverain perse Nadir SHAH.

En 1768, une terrible épidémie de choléra achève de décimer les survivants et la ville est désertée.

Ce sera l'Inak Mohammad AMIN qui entreprendra la reconstruction de la cité et, en 1804, son petit-fils deviendra officiellement khan de KHIVA et sera le fondateur de la dynastie des KUNGRAD restée au pouvoir jusqu'à l'arrivée des communistes.

Sous les règnes des Khans Mukhammad RAKHIM et Alla KULI, le khanat connut un développement économique considérable. Les caravanes venaient de BOUKHARA, d'Inde, de Perse et de Russie.

Mais, en 1920, la République du KHOREZM est proclamée et KHIVA en est la capitale avant que la république soit rattachée à l'Ouzbekistan en 1924 lors de la création des républiques socialistes soviétiques d'Asie centrale.

En 1967, la ville accède au statut de musée à ciel ouvert et les soviétiques entreprennent la restauration de ses principaux monuments en collaboration avec l'UNESCO qui inscrit KHIVA sur la liste du patrimoine mondial en 1990.

KHIVA est un ensemble architectural guère plus grand que l'île Saint-Louis à PARIS, un ensemble où tout a été restauré et reconstruit à l'identique d'où l'excellent état de tous les monuments.

La plupart des sites intéressants sont situés à l'intérieur de la première muraille, Ichan Kala, groupés autour de la rue principale, Palvan Kari, qui relie les portes est et ouest.

Le monument le plus célèbre de KHIVA, d'ailleurs visible de presque tous les points de la ville intérieure, est KALTA MINOR ou "le minaret court".

Situé à l'extérieur de la madrasa MOHAMMED AMIN KHAN, KALTA MINOR devait être le minaret le plus élevé de monde musulman, culminant à 70 mètres de hauteur, mais cette hauteur ne fut jamais atteinte les travaux ayant été abandonnés après la mort du khan.

Le minaret court ne s'élève donc qu'à 26 mètres. Le diamètre de sa base mesure 14 mètres et il est entièrement et superbement décoré de majolique verte et bleue mariée au vert si particulier de KHIVA

KOUNIA ARK fut la résidence officielle des khans de KHIVA.

L'espace vide qui se trouve derrière les grandes portes du palais comprenait autrefois différentes cours intérieures. Dans la première les visiteurs faisaient antichambre, dans la seconde se tenait la garde, puis venait la chancellerie. A la droite de cette grande cour, en cours de restauration, se trouve la mosquée d'été.

C'est dans la seconde cour intérieure, construite en 1804, que le khan recevait ses sujets. Le trône en bois plaqué de feuilles d'argent, qui se trouvait dans la grande niche au fond de la pièce, a malheureusement été emporté en Russie.

L'iwan à deux colonnes est décoré de majolique aux couleurs froides réalisées avec de la poudre de cobalt pour le bleu et de cuivre pour le vert. 

Les portes de bois ainsi que les colonnes sont entièrement sculptées.

La yourte dans laquelle le khan aimait à recevoir certains de ses hôtes en hiver se dressait sur l'élévation de briques au milieu de la cour.

Le palais de KUKHNA ARK a été, lui, transformé en musée.

 On peut notamment y voir d'intéressantes photos anciennes montrant la ville telle qu'elle était au XIXème siècle  ainsi que des photos des derniers khans

(à suivre)

L'intégralité des photos concernant cette partie de la visite de KHIVA est visible sur l'album photo "OUZBEKISTAN XVI - KHIVA I".

May 16

L'IMPOSTURE DANS L'ART - la responsabilité des pouvoirs publics

J'avais commencé, sur ce site, une étude sur l'imposture dans l'art contemporain, interrompue un temps par un voyage en Turquie. Je reprends donc là où j'en étais resté avec, alors même que je m'apprêtais à dénoncer le laxisme voire la complicité des pouvoirs publics à tous les niveaux jusqu'au ministère de la Culture inclus, des exemples flagrants recueillis à PARIS lors de mon récent passage en avril dernier.
 
En effet, avant notre départ pour la Cappadoce (voir les photos dans la rubrique "albums photo"), nous avions décidé de passer quelques jours à Paris, une ville toujours agréable à visiter dès lors qu'on n'y habite pas ou, comme nous, qu'on n'y habite plus.
 
Or, en arrivant au quartier dit "latin" bien que, aujourd'hui, on y trouve essentiellement des restaurants et des marchands de fringues et bien peu d'étudiants, nous eûmes la très désagréable surprise, en arrivant place de la Sorbonne, de nous trouver face à une véritable immondice censée être une sculpture et, bien que totalement informe, portant un titre évocateur : "Legami" ce qui, en bon français, signifie : "liens", mais liens avec quoi ?
 
 
Cette chose, totalement incongrue dans le paysage ambiant, ferait penser à des toilettes publiques ou encore à un vieux blockhaus datant de la seconde guerre mondiale d'autant que, réalisée, paraît-il, en acier "corten" et en plomb, de plus, très récemment puisque datée de 2008/2009, elle se distingue par une teinte roussâtre plutôt sale due à ... la rouille qui la recouvre presque totalement. Voir ci-après détail de cette petite merveille :
 Outre la composition, on ne pourra que s'extasier devant la richesse des matières utilisées !
 
Là encore, imposture ! Car l'acier de marque "Corten" est auto-patiné à corrosion superficielle forcée et utilisé pour son aspect et sa résistance aux conditions climatiques. Ainsi, un artiste contemporain peut-il donner l'illusion d'une oeuvre patinée donc assez ancienne alors qu'elle est parfaitement neuve ce qui est justement le cas de la "sculpture" de CARLINI.
 
Je veux bien admettre que la sculpture puisse exister après MICHEL-ANGE ou RODIN mais peut-on sérieusement affirmer qu'il s'agit là d'une authentique oeuvre d'art ?
 
Et tout ça avec la complicité active des pouvoirs publics, de tous les pouvoirs publics, qu'ils soient français ou italiens puisque la dame qui a commis cette monstruosité, Maria Cristina CARLINI de son vrai nom, aura vu son exposition organisée par l'INAC (Institut National d'Art Contemporain) en partenariat avec la mairie du Vème arrondissement (merci, M'sieu TIBERI !) et le Centre Italien pour les Arts et la Culture, le tout placé sous le patronage du MIBAC (Ministère des Biens et des Activités Culturelles), de la Direction Générale du Patrimoine des Livres et des Instituts Culturels et de l'Institut Italien de la Culture en collaboration avec la galerie d'Art BORGOGNA de Gianni SCHUBERT laquelle aura certainement empoché la mise au passage !
 
Mais il ne s'agit là que d'un début car l'expo en question, sous le titre "Maria Cristina Carlini. Sculptures dans la ville" est réputée "animer" les rues de ce vieux quartier parisien grâce à des "sculptures monumentales" dont plusieurs ont été réalisées spécialement pour cette grande occasion, les oeuvres étant situées, en partie dans la salle Capitant de la mairie, le reste à côté du Panthéon, à la Sorbonne - place de la Chapelle, rue Soufflot et Boulevard Saint-Michel autrement dit : les endroits les plus emblématiques du quartier, les oeuvres de la dame CARLINI polluant les plus beaux monuments du Vème arrondissement ainsi que les plus belles vues s'étendant depuis la place du Panthéon jusqu'au Palais du Luxembourg et même la Tour Eiffel.
 
En remontant la rue Soufflot, on trouve, de la même Maria Cristina Carlini, cette autre chose informe intitulée cette fois : "Inizio" autrement dit : "Début" ! Certes, mais, encore une fois, début de quoi ?
 
Pour ma part, je n'y vois qu'un gigantesque étron trônant sur trois ou quatre marches. "Sculpture monumentale", vous avez dit "sculpture monumentale" ?. Il est vrai que cette chose-là demeure assez discrète dans un recoin de la rue.
 
Mais cela s'aggrave sérieusement quelques dizaines de mètres plus haut. Place du Panthéon, c'est du délire !

 Un énorme ensemble de panneaux brûnatres et crasseux qui pourraient rappeler les panneaux électoraux qui fleurissent souvent à cet endroit, devant la mairie, les élections étant toujours contestées dans ce quartier, mais dont le titre est : "Letteratura" peut-être en hommage à la bibliothèque Sainte-Geneviève voisine qu'ont assidûment fréquentée tous les étudiants de ma génération.

Mais aussi pourquoi vouloir absolument donner des titres à ces machins qui ne ressemblent à rien et n'évoquent rien ?

Mais, attendez car ce n'est pas tout. Sur toute la place, face au Panthéon, à la mairie du Vème, à la fac de Droit, à la bibliothèque Sainte-Geneviève et la rue Soufflot avec sa splendide perspective vers le jardin du Luxembourg, tout un tas de cheminées en plâtre du meilleur effet. Jugez-en :

 Là, je n'ai même pas cherché le titre car, sans aucun doute, il devait y en avoir un quelque part, ces soi-disant "artistes contemporains" se croyant toujours obligés de donner une raison d'être à leurs pires cacas si informes soient-ils !

Là encore, on notera la richesse de la matière utilisée. MICHEL-ANGE sculptait dans le marbre; RODIN également quand ses oeuvres n'étaient pas coulées dans le bronze. CARLINI, elle, se contente de plâtre de mauvaise qualité car ces photos ayant été prises le 11 avril, seulement 17 jours après le début de l'exposition on est en droit de se demander ce qu'il restera de tout cela après encore deux semaines !

 En espérant que la dame CARLINI ne demandera pas aux organisateurs de l'expo la remise en état de ses splendides "sculptures" comme le fit récemment (mais j'y reviendrai) BUREN à propos de ses fameuses colonnes déjà en si mauvais état qu'on s'est demandé s'il ne fallait pas tout simplement les détruire.

A noter toutefois le geste "significatif" offert (c'est bien le mot !) par Jean TIBERI, maire du Vème arrondissement, qui donne l'horreur appelée "Legami" à la ville de Paris, l'oeuvre étant installée de manière permanente "pour permettre à tous d'en jouir la présence' (sic). Flèche du Parthe ou coup de pied de l'âne ? Quand on sait à quel point le siège de TIBERI ne tient plus qu'à un fil, aurait-il l'intention de laisser un cadeau empoisonné à ses successeurs ?

Mais la vraie question est : Comment de telles horreurs ont-elles pu être ainsi exposées dans des lieux aussi privilégiés et riches d'Histoire ?

C'est là qu'interviennent les fameux critiques d'art qui peuvent tout vous expliquer. Des critiques, comme c'est le plus souvent le cas,  auto-proclamés. Car qu'est-ce qui destinait la dame Laurence PAULIAC, dite "historienne et critique d'art" à faire ainsi l'éloge de Maria Cristina CARLINI :

"Depuis le XXème siècle, la sculpture s'affranchit de son long passé académique pour explorer de nouveaux horizons. Outrepassant la pure représentation et l'idéalisation, elle invite au parcours et à la réflexion, suscite des émotions, remet en question. De nombreux mouvements ont vu le jour en parallèle, et, au coeur de cette effervescence formelle et intellectuelle, les artistes se situent souvent à la croisée de plusieurs tendances.

Architecture, archéologie, scénographie : l'art de Maria Cristina Carlini emprunte régulièrement à d'autres disciplines tout en interrogeant le passé et, par là même, le futur. Elle joue avec nos perceptions (ouvert/fermé, dedans/dehors, équilibre/déséquilibre), dialogue avec l'observateur, intervient directement dans son quotidien urbain, le fait voyager dans la mémoire.

Maniant habilement le vocabulaire de la sculpture contemporaine, elle y ajoute une approche physique, un contact avec la matière quasi palpable dont elle a fait sa signature ..."

Je vous passe le reste car la dame PAULIAC est capable d'en chier des pages entières dans ce genre-là !

Sa formation ? Des études d'histoire de l'Art à l'université de MONTREAL et deux ans passés dans la modeste école des Beaux-Arts de BORDEAUX de 1993 à 1995 et, ... depuis un an et trois mois, responsable d'une galerie d'art plutôt confidentielle (Hagalleria).

Evidemment, je ne fais pas le poids, moi, avec mes dix ans passés à l'Ecole Nationale  Supérieure des Beaux-Arts de PARIS, mon diplôme supérieur d'art plastique, mes résultats au Concours de ROME de gravure en taille-douce, mon prix de l'Institut, les années passées à enseigner l'histoire de l'Art à l'université de DAMAS, l'Institut National des Arts de BAMAKO et celui de DAKAR, mes directions de deux écoles (l'Ecole des Beaux-Arts de DAKAR et l'Ecole Régionale des Beaux-Arts de POITIERS), en tout, plus de vingt ans au service de la Culture et je ne me prétends surtout pas "critique d'art" !

Mais je sais reconnaître une imposture ! Et là, c'est bien d'une gigantesque imposture qu'il s'agit.

Car enfin, dans ces tas de feraille rouillée et ces choses informes en plâtre, y a-t-il vraiment quelque chose qui puisse vous inviter au parcours et à la réflexion, qui suscite en vous des émotions, qui vous oblige à vous remettre en question ? Cela intervient-il dans votre "quotidien urbain" ou vous fait-il "voyager dans la mémoire" ?

La critique d'art ne serait-elle plus aujourd'hui que le fait de gens capables de dire n'importe quoi ? Et nous en revenons aux habits neufs du Grand-Duc, personne n'osant dire qu'ils n'existent pas et que le prince est nu (à l'exception ... d'un enfant), de peur de passer pour des idiots !

Je ne peux résister à l'envie de vous présenter Gabriel Cornelius Ritter von MAX (1840 - 1915) qui, en 1889, réalisait cette toile intitulée "singes en juges de l'art" aujourd'hui conservée à la Pinacothèque de MUNICH :

 Un sacré visionnaire, ce cher MAX qui, dès 1889, avait tout compris quand au rôle des critiques d'art !

Et pour terminer sur une note moins morose et vous prouver qu'on peut toujours, même sans être un génie, tout justifier en art, je vous cite l'exemple de cette toile abstraite intitulée "vaches mangeant de l'herbe". Un brave type, n'y comprenant rien, demandait à son copain : "Mais où est donc l'herbe ?" Réponse : "Il n'y en a plus; les vaches l'ont mangée". " Mais alors, où sont les vaches ?" "Eh bien, elles sont parties; elles ne sont pas assez folles pour rester là où il n'y a plus d'herbe !"

Elémentaire, mon cher Watson !

(à suivre)

April 08

OUZBEKISTAN XVII - DE BOUKHARA A KHIVA PAR LE DESERT DU KYZYL KOUM

Le mercredi 26 mars 2008, nous quittons BOUKHARA pour KHIVA via OURGUENTCH, un trajet de 480 km au travers du désert du KYZYL KOUM qui nous prendra tout de même une petite dizaine d'heures.
 
Il faut rappeler que l'Ouzbekistan est un pays essentiellement désertiqu dont seulement 10 % des terres sont exploitées (cultures agricoles intensives et vallées irriguées).
Le KYZYL-KOUM, l'un des déserts les plus étendus de l'Asie centrale, couvre une grande partie du territoire à l'ouest du pays et donc la totalité de l'espace entre BOUKHARA et KHIVA.
 
La route que nous allons prendre a un très grand intérêt stratégique et économique car OURGUENTCH est le seul aéroport international en dehors de TASHKENT et donc l'un des deux seuls points d'accès dans le pays par voie aérienne, mais aussi le point de passage obligé vers le Kazakhstan et, au delà - et nous verrons à quel point c'est important -  vers la Russie en n'oubliant pas que, jusqu'en 1991, l'Ouzbekistan était une république soviétique et qu'il reste économiquement et culturellement très lié à la Russie d'autant que le président KARIMOV fut, après son accession au pouvoir en 1990, un fervent partisan de la signature d'un nouvel accord constituant une URSS rénovée. C'est à la suite de l'échec du projet que l'Ouzbekistan déclara son indépendance l'année suivante.
 Donc, au départ de BOUKHARA, une excellente route, pas très large, mais goudronnée. Mais aussi une route qu'il faut constamment entretenir tant elle est rapidement détériorée par les violents vents de sable.
 
Au fur et à mesure que nous avancerons nous en arriverons à voir la route pratiquement disparaître et devenir ... une simple piste : et si, au cours de cette journée, nous ne rencontrerons que peu de véhicules, nous verrons de nombreux engins de chantier travailler à la remise en état de la route :  Le paysage est évidemment monotone, mais, en regardant de près, on remarque, dans les sables, une particularité : des petits bouquets de morceaux de bois tracent comme une piste au milieu du désert :  Il s'agit en fait du repérage du tracé du gazoduc qui passe en sous-sol et qui envoie le gaz dont l'Oubezkistan est un gros producteur vers la Russie où il sera traité et commercialisé par la société russe GAZPROM.
 
Ceux qui s'attendent à voir, dans le KHIZYL KOUM un désert de sable avec des dunes seront certainement déçus encore que, parfois, il y ait quand même un peu plus de sable
 
A mi-chemin entre BOUKHARA et OURGUENTCH, nous trouverons un inattendu restoroute   régulièment approvisionné en eau :  même si c'est par une citerne hors d'âge qui apporte une eau qu'il vaut mieux faire sérieusement bouillir avant de la boire et à l'aide d'un tuyau percé ce qui est regrettable dans un pays qui manque autant d'eau L'eau est déversée dans une grande cuve en béton dans laquelle on ira pêcher le poisson-chat qui nous sera servi pour le déjeuner :  
 
Un déjeuner certes assez frugal : du poisson grillé et du pain, mais bienvenu d'autant que, finalement, le poisson, bien que provenant d'un bac rempli d'eau plutôt dégueu, va s'avérer délicieux. Il est vrai que nous avons tellement faim que n'importe quoi nous aurait paru sublime !
 
Derrière le restaurant, nous pouvons apercevoir l'AMOU-DARIA, l'un des deux principaux fleuves d'Ouzbekistan, avec 1.437 km et qui va se jeter dans la mer d'ARAL. Enfin ce qui reste d'un fleuve qui, par endroits, est presque à sec  Avec, en prime, un arbre en fleurs qui apporte une petite touche sympathique au coeur de ce désert : 
 
Beaucoup moins agréable - mais comme ce problème existe depuis que nous avons mis les pieds en Ouzbekistan, même si c'est peu ragoûtant, il faut peut-être l'évoquer tout de même car c'est là-bas un véritable phénomène de société : Il s'agit des toilettes ! En Ouzbekistan, et même dans de très bon restaurants, elles sont toujours ignobles et, le plus souvent payantes ! Ce qui peut étonner dans un pays qui est tout sauf sous-développé. L'explication est simple : En Ouzbekistan, comme dans beaucoup de pays asiatiques, on récupère les excréments pour en faire de l'engrais. Autrement dit : On stocke la merde pour la vendre ! Aussi simple que ça ! Mais pourquoi protester ? C'est plus écologique que les engrais chimiques, non ?
Seulement, pour les touristes qui, eux, ne sont pas habitués, cela pose quand même quelques problèmes :
 
 D'abord, à gauche, les toilettes pour hommes, réduites à leur plus simple expression : un trou ! Qui ferait regretter les chiottes dites "à la Turque" quand même un peu plus raffinées.
 
Maintenant et allez savoir pourquoi, les toilettes pour dames ont un inconvénient supplémentaire qu'on s'explique mal :
 Elles sont surélevées et l'échelle est plutôt malcommode à utiliser ... surtout la nuit !
 
Sinon, outre l'eau, l'endroit est également équipé en électricité, mais, là encore, avec un matériel qui ne date pas d'hier ! Mais qui fonctionne quand même semble-t-il !
 
Nous repartons et, un peu plus loin, retrouvons l'Amou-Daria : qui n'a vraiment, de grand fleuve, que le nom. Pas étonnant si la mer d'ARAL, dans laquelle il est censé se jeter avec le SYR-DARIA, est actuellement en voie de disparition !
Là, nous trouvons des toilettes plus civilisées en apparence, mais payantes  Seulement, on se demande bien à qui payer car il n'y a personne à proximité sinon quelques chiens venus de nulle part.
 
Finalement, en fin d'après-midi, nous approchons d'OURGUENTCH en passant par un pont que je vais photographier pour l'unique raison qu'il est ... interdit de le photographier  Car ce pont n'a vraiment rien d'exceptionnel sinon les militaires qui le gardent en permanence, mais qui sont loin devant  (un héritage de l'époque soviétique !)
Et c'est dans la poussière soulevée par les engins de chantier que nous pénétrons dans OURGUENTCH, ville sans intérêt :

 Mais, trente kilomètres plus loin, c'est KHIVA :

la ville-musée dont, déjà, nous apercevons les remparts :

 

A mes fidèles amis (bien peu nombreux) qui me font l'honneur de venir regarder ces billets, je demanderai un peu de patience pour la suite (la partie la plus belle, à mon avis, d'Ouzbekistan) car je vais m'absenter une quinzaine de jours pour un petit voyage en Cappadoce.

Rendez-vous donc vers le 23 ou 24 avril ... avec de nouvelles photos !

Bien amicalement.

jacques

April 04

LA VALEUR MARCHANDE DES OEUVRES D'ART

Comme beaucoup, j'ai longtemps cru à la valeur esthétique ou émotionnelle d'une oeuvre réputée "artistique", mais ce type de valeur est difficilement quantifiable et, comme on dit : "Des goûts et des couleurs ... !"
Et c'est vrai que chacun est totalement libre d'aimer ou de ne pas aimer.
Alors, quelles que puissent être les méthodes existantes (valeur intrinsèque, valeur mathématique, valeur de rendement, notamment) pour déterminer la valeur de quelque chose, y compris celle d'une entreprise commerciale ou industrielle, la seule qui reste finalement valable est : le prix que quelqu'un est prêt à mettre pour l'acquérir et il est devenu évident que cela est maintenant vrai pour les oeuvres d'art.
 
En revanche, et cela fera l'objet d'un billet ultérieur, il existe bien des méthodes qui permettent d'influencer la cote de tel ou tel artiste, quelques mécènes, de riches collectionneurs, les critiques d'art, les marchands de tableaux, mais également les officines de ventes aux enchères largement dominées par le lobbying anglo-saxon jouant à cet effet un rôle non négigeable, malheureusement plus mercantile que culturel ou pédagogique.
 
Que pèsent actuellement sur le marché de l'art les Français : DROUOT, TAJAN, PIASA, BINOCHE ou CORNETTE DE SAINT-CYR ?
Même sur le marché français, en quatre mois, les américains CHRISTIE'S et SOTHEBY'S se sont emparés de 23 % du marché n'en laissant que 40 % à DROUOT, en sérieuse perte de vitesse et susceptible d'être racheté, et 37 % aux autres.
 
Mais, à regarder les cinquante meilleures ventes de peintures, on constate que 15 l'ont été à NEW-YORK par CHRISTIE'S, 13 également à NEW-YORK par SOTHEBY'S, 5 à LONDRES, mais par CHRISTIE'S et également 5 à LONDRES par SOTHEBY'S ce qui fait que ces deux officines anglo-saxones auront représenté à elles-seules 38 des 50 principales ventes, le reste se répartissant en  7 ventes par d'autres sociétés à NEW-YORK, 2 à LONDRES, 2 par des intermédiaires inconnus à l'occasion de ventes privées et ... 1 par BINOCHE à PARIS !
 
Mais c'est sans doute pur hasard si les deux peintres qui ont actuellement la plus grosse cote sont tous deux de nationalité ... américaine !
 
Le record toutes catégories a été, un temps, détenu par Vincent VAN GOGH, notamment avec ses "Iris" qui ont fait l'objet, en 1987, d'une vente pour le moins pittoresque.

 Les Iris, petite huile sur toile de 71 x 93 cm, datée de 1889, est une oeuvre exécutée par VAN GOGH alors qu'il se trouvait à l'asile de SAINT-REMY-DE-PROVENCE, l'année précédant sa mort.

VAN GOGH considérait cette peinture comme une simple étude, ce qui explique pourquoi il n'en existe aucune esquisse connue.

C'est l'écrivain Octave MIRBEAU qui en fut le premier propriétaire pour l'avoir achetée en 1891, ainsi que "les tournesols", pour 600 francs au père TANGUY, marchand de fournitures d'art qui ne les avait pas payées mais devait fournir VAN GOGH en pinceaux et en couleurs.

En 1987, ce tableau fut réputé être la peinture la plus chère jamais vendue car adjugée chez SOTHEBY'S à l'homme d'affaires australien,  alan BOND, pour 53 millions de dollars.

Pourtant ce record ne tint que deux ans et demi, l'acheteur australien s'avérant incapable d'honorer son enchère. C'est CHRISTIE'S qui négocia avec le musée Paul GETTY à MALIBU en Californie, qui finit par acheter et exposer le tableau.

Toutefois, la cote de VAN GOGH ne baissa pas pour autant et, en 1990, "le portrait du docteur GACHET avec branche de digitale" fut vendu chez CHRISTIE'S à NEW-YORK pour 70,9 millions de dollars.

Certes, pour la peinture la plus chère du monde, on pouvait s'attendre à une oeuvre de peintres tels que REMBRANDT, DURER, RAPHAEL, RUBENS, VERMEER, POUSSIN ou DELACROIX, mais le choix de Vincent VAN GOGH, peintre maudit n'ayant jamais vendu de son vivant, constamment tourmenté et instable, peut aisément s'expliquer par le fait qu'il s'agit d'un artiste, pas vraiment contemporain, mais encore connu de tout le monde.

Le phénomène (inquiétant) d'acculturation qui se manifeste depuis quelques décennies fait que, et dans tous les domaines, on ne connaît plus que les personnalités les plus récentes.

Un récent sondage opéré auprès des Français afin qu'ils déterminent qui, selon eux, pouvait être considéré comme "le plus grand Français de tous les temps" a fait craindre, un temps, que leur choix se porte sur COLUCHE, BOURVIL, COUSTEAU ou ... Edith PIAF, figurant parmi les dix finalistes alors qu'en étaient exclus de grands monarques comme Henri IV, Louis XIV ou Napoléon, de grands savants comme Denis PAPIN ou de grands penseurs comme DESCARTES, PASCAL ou DIDEROT. finalement, ce fut de GAULLE qui fut retenu ! Et le même sondage donna, en Allemagne, Conrad ADENAUER et non GOETHE comme on aurait pu s'y attendre.

Je ne nie certainement pas l'immense mérite aussi bien de de GAULLE que d'ADENAUER qui furent indiscutablement de Grands Hommes, mais qui marquèrent essentiellement ... leur époque !

Et, sur le sondage réalisé en France, on constate que sur les 100 noms proposés, 76 étaient ceux de personnalités contemporaines, la plupart étant surtout connues par les moyens audiovisuels : chanson, radio, télévision, cinéma.

Eh bien, c'est le même phénomène qu'on retrouve à propos de la cote des artistes peintres, les seuls non-contemporains émergeant péniblement de la liste des 25 vendus le plus cher étant : Pierre-Paul RUBENS en 10ème position avec "le massacre des Innocents", Auguste RENOIR avec son très célèbre "Moulin de la Galette" et Paul CEZANNE avec une nature morte intitulée "rideau, cruche et compotier" ! Et encore on se demande si, finalement, on ne peut pas compter parmi les "Modernes", sinon vraiment contemporains, CEZANNE et RENOIR, morts respectivement en 1906 et en 1919 !

Quant au peintre le plus cher, eh bien, ce sera l'Américain Jackson POLLOCK avec un tableau intitulé "N°5 1948" vendu chez SOTHEBY'S à NEW-YORK en novembre 2006 pour ... 140 millions de dollars.

Ce qui me laisse pantois car cette chose présentée comme un chef-d'oeuvre de la peinture me fait surtout penser à un morceau de moquette pas très propre et fortement agrandi, en tout cas, le genre de peinture qu'on peut vous débiter au mètre !

Quelle "valeur" peut-on attribuer à ça sinon son prix hallucinant ?

Pas de composition, des couleurs en demi-teinte pas très harmonieuses (au moins certaines oeuvres de ROTHKO ont-elles le mérite d'être parées de belles couleurs !) le tout parsemé de sortes de poils de chat !!!!

Est-ce décoratif ? A vous de voir, mais, comme disait ce visiteur du musée du quai Branly cité par Luc FERRY : "je ne voudrais pas avoir ça dans mon salon !" Pas de dessin à l'évidence. Alors, de la peinture dont la définition qui conviendrait le mieux est : "Art et technique de l'expression, figurative ou non, par les formes et les couleurs"? Or la chose est informe et bien peu colorée !

Il faut donc que ce prix eût été atteint sur le seul nom de POLLOCK ! Alors, qui est donc Jackson POLLOCK ?

Un peintre américain, né en 1912 et mort en 1956 qui a eu ce qu'il est convenu d'appeler une enfance difficile : huit changements de domicile entre 1912 et 1928, père souvent absent et mère très autoritaire, ce qui, évidemment, ne saurait tout expliquer !

Il va montrer les premiers signes d'alcoolisme durant l'été 1927 (il a quinze ans !) On dira alors que "l'art devient pour lui une décharge d'émotions, dessiner lui permet d'exprimer son univers intérieur, de libérer ses angoisses et sa rage sur le papier".

Il va bien suivre quelques cours, notamment à l'école des arts appliqués dont il sera renvoyé pour avoir critiqué l'enseignement qui y est dispensé, puis à la Art Students League of New-York pour suivre des cours du soir.

A partir de 1935, il va bénéficier du soutien aux artistes lancé dans le cadre du New Deal de ROOSEVELT. D'abord admis dans la section "peinture murale", POLLOCK en sera exclu pour absentéisme en 1938.

En décembre 1937, il suit une cure de désintoxication et commence une thérapie, la première d'une longue série !

Jackson  POLLOCK a produit plus de 700 oeuvres. Sur certains de ses tableaux, il a laissé couler la peinture sur les toiles à plat, qu'il déplaçait en même temps.

C'est sûr - et j'en ai fait moi-même l'expérience - qu'à balancer ainsi de la peinture au hasard, le hasard faisant bien les choses, on peut obtenir quelques résultats intéressants. Mais où est l'imagination, l'émotion du peintre, où est son sens de la créativité dans tout cela ?

Ayant à nouveau sombré dans l'alcool (qui ne semble pas avoir beaucoup excité son imagination !) et alors qu'il n'a plus rien produit durant les dernières années de sa vie, POLLOCK décède dans un accident de voiture, à l'âge de 44 ans, le 11 août 1956 à SPRINGS, dans l'Etat de NEW-YORK, où il avait installé son atelier.

Le comble est que - le seul point qu'il peut à la rigueur partager avec VAN GOGH - il aura vécu dans une extrême précarité durant la majeure partie de sa vie ce qui rend quelque peu ironique le fait que ce soit l'une de ses oeuvres (et pas la meilleure !) qui soit devenue l'oeuvre la plus chère de tous les temps !

Bon. Je ne vais pas tourner autour du pot et je ne vous cache pas que je ne trouve aucun talent à POLLOCK et que ce record me semble une gigantesque mystification. Chose étrange, cette vente de novembre 2006, contre toutes les règles en vigueur dans la profession, fut réalisée de gré à gré, en privé et sans enchères !

C'est mon opinion et, bien sûr, elle n'engage que moi. Maintenant, ce blog est ouvert à tout le monde et tout le monde peut y laisser un commentaire.

Prouvez-moi que j'ai tort et dites-moi, afin que je ne meure pas idiot, ce qui justifie que cette oeuvre de POLLOCK ait pu être vendue 140 millions de dollars parce que, très franchement, moi, je ne vois pas !

Mais n'oublions pas le rôle que peuvent jouer les critiques d'art même s'il s'agit de justifier a posteriori et même, en l'occurence, "post mortem" car si POLLOCK a vécu dans la précarité, il faut croire que lesdits critiques ont mis longtemps à découvrir qu'il était génial !

Maintenant, 53 ans après sa mort et une vente record en prime, on peut, à propos de POLLOCK, lire des choses comme ça :

"L'analyse fractale des oeuvres de Jackson POLLOCK proposée par Richard TAYLOR, Adam MICOLICH et David JONAS montre que le principe d'autosimilarité statistique y est respecté. Cette analyse consiste à vérifier par l'intermédiaire d'une grille de N carrés posée sur une toile que la proportion de motifs reste constante quel que soit le nombre de carrés étudiés et donc quelle que soit la taille des carrés. La peinture noire occupe 36% de la surface d'un carré, de deux carrés ... ou de n carrés. Il en est de même pour les autres couleurs qui occupent 13 % de la toile. La dimension fractale de densité d est égale à ~ 1,66. Dans Autumn Rythm n° 30, d vaut 1,67.

La dimension fractale est constitutive de la technique de Jackson POLLOCK et non consécutive. Elle définit de manière mathématique le "all over". L'analyse a ainsi démontré que les premières oeuvres ont une dimension supérieure à 1,1 et, à la fin de sa vie, 1,7.

... Il a inauguré une nouvelle lignée d'artistes. Son travail était une sorte de quête spirituelle exigeant une extraordinaire force psychique. Se confronter à la surface vide de la toile et chercher à y projeter de l'ordre et du sens était, selon lui, une démarche représentative de la crise existentielle de l'homme moderne. Son mouvement artistique est l'expressionnisme abstrait."

(source : Wikipédia).

Quel talent ! Seulement, ces élucubrations parfaitement gratuites sont infirmées par POLLOCK lui-même qui, de son art, avait écrit :

"Quand je travaille dans mon tableau, je ne suis pas conscient de ce que je fais. C'est seulement après une espèce de temps de "prise de conscience" que je vois ce que j'ai voulu faire."

Enfin, corrigeons le propos en disant plutôt : "que je vois ce que j'ai fait" car on ne saurait avoir voulu faire quelque chose alors qu'on était totalement inconscient.

A propos d'oeuvres d'art obtenues selon des procédés aléatoires, rappelons cette savoureuse histoire survenue peu de temps avant la naissance de POLLOCK :

Au salon des Indépendants de 1910, figurait une toile intitulée "Coucher de soleil sur l'Adriatique" ayant, selon le catalogue, pour auteur un certain Joachim-Raphaël BORONALI, peintre italien qui avait accompagné son envoi d'un manifeste théorique : "Le Manifeste de l'excessivisme" :

" Nous proclamons que l'excès en tout est une force, la seule force ... Ravageons les musées absurdes, piétinons les routines infâmes. Vivent l'écarlate, le pourpre, les gemmes coruscantes, tous ces tons qui tourbillonnent et se superposent.

Bien entendu, les critiques d'art n'ont pas manqué de s'intéresser à ce tableau qui suscita des commentaires pour le moins contrastés jusqu'au jour où le journal "Le Matin" reçut la visite de l'écrivain Roland DORGELES (pour mémoire, auteur des "Croix de bois" en 1919) qui révéla, constat d'huissier à l'appui, que l'auteur de cette peinture se nommait en fait "Lolo" et qu'il était ... l'âne de Frédéric GERARD, dit "le père Frédé", patron du célèbre cabaret montmartrois, le Lapin Agile.  BORONALI n'étant que l'anagramme d'ALIBORON, nom donné à l'âne par Jean de LA FONTAINE.

DORGELES, en compagnie de deux amis, André WARNOD et Jules DEPAQUIT, avait attaché un pinceau à la queue de l'animal qui devint ainsi la vedette du salon une fois la supercherie dévoilée.

Quant au manifeste, il n'était que l'écho rigolard au très sérieux "Manifeste du Futurisme", publié par DORGELES le 1er avril 1910 dans une revue humoristique : Fantasio.

Epilogue de l'histoire : la toile se vendit 20 louis d'or, soit l'équivalent de 400 francs, reversés par DORGELES à l'orphelinat des Arts. Elle fait aujourd'hui partie de la collection permanente de l'espace culturel Paul BEDU à MILLY-LA-FORET.

Loin de moi l'idée de comparer POLLOCK à un âne même s'il se trouve que "N°5 1948" de l'un et "Coucher de soleil sur l'Adriatique" de l'autre furent obtenus à l'aide des mêmes procédés parfaitement aléatoires mais, tout de même, se pose la question, la véritable question : Qui et pour quelle raison a pu ainsi dépenser 140 millions de dollars pour acquérir en 2006 la toile de POLLOCK ?

Déjà qu'une telle somme ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval ! Mais, de plus, c'est en vain que vous chercherez dans quel musée on a ensuite exposé un tel chef-d'oeuvre !

Si l'on en croit le quotidien "New-York Times", ce tableau de POLLOCK aurait été cédé par le richissime grand collectionneur David GEFFEN selon une transaction privée, le tableau ayant été acheté par un financier mexicain, David MARTINEZ, collectionneur d'art discret (qui, en l'occurence, aura quelque peu manqué de discrétion !).

Le journal précise que David GEFFEN avait déjà récemment cédé deux toiles, l'une de Jasper JOHNS, "False Start" et l'autre de Willem de KOONING, "Police Gazette" à deux financiers américains pour une somme de 143 millions de dollars, de KOONING et JOHNS, deux artistes américains figurant tous deux en bonne place (respectivement 2ème et 8ème) au top 25 des peintures les plus chères au monde. ci-après ces deux oeuvres :

 vendues donc 63 millions de dollars pour la première, de Willem DE KOONING, et 80 millions pour la deuxième, de JOHNS, deux peintures dont, cette fois, je ne nie pas les qualités artistiques (surtout pour celle de DE KOONING), mais je m'interroge tout de même sur les prix qui me paraissent quelque peu surestimés.

Ce qui est curieux c'est cette frénésie soudaine pour l'art moderne qui fait que, en 2006, et particulièrement dans la courte période allant de juin à novembre, il va se vendre à NEW-YORK pas moins de sept peintures figurant toutes dans les 14 les plus chères au monde, le tout pour ... 738 millions de dollars !

Nous savons tous maintenant ce qui a provoqué la grave crise financière qui frappe en ce moment le monde entier avec de terribles conséquences sur l'économie mondiale : les banques créaient de la richesse gagée sur ... des dettes ! Les dettes n'étant plus remboursées, c'est tout le système qui s'effondre !

Ces étranges et soudaines spéculations sur l'art n'auraient-elles pas, elles aussi, pour but de créer de la richesse ? En espérant toutefois que celle-ci ne soit pas basée, elle, sur... du vent !!!!

(à suivre)

 

April 03

SUR LA VALEUR REELLE DES OEUVRES D'ART OU SUPPOSEES TELLES

Sans doute aurez-vous remarqué, dans le précédent billet, qu'un vulgaire urinoir proposé à l'origine à une exposition comme une grosse farce (il ne s'agissait en fait que de ridiculiser le snobisme de certains "amateurs d'art" new-yorkais) va aboutir finalement à la valorisation  inattendue de l'objet, une valeur qui, du coup, va s'en retrouver largement multipliée (il n'y a pas de petits profits !) au point que l'un d'entre eux sera vendu en 1999 pour la somme hallucinante de ... 1,677 million d'euros (prix d'origine : environ 300 euros).
 
Ce qui ne fut possible que, parce que, à la fin des années 1960, ledit objet ait été reconnu "comme oeuvre d'art" ce qui pose la question : Comment et sur quels critères un objet peut-il recevoir officiellement le label "oeuvre d'art" une appellation qui, en l'occurence fut même reconnue par les tribunaux, le fait, pour PINONCELLI, d'avoir pissé dans l'un de des urinoirs, ce qui ne semble a priori pas tellement illogique, étant sanctionné en appel par une peine de prison de trois mois avec sursis !
 
Est-il donc possible d'accorder ainsi de la valeur à n'importe quoi ? Et quel sens faut-il alors donner au mot "valeur" ?
 
Le mot comprend en effet beaucoup d'acceptions parmi lesquelles on retiendra :
 
1° - en économie, prix selon lequel un objet peut être échangé ou vendu;
2° - importance, prix attaché à quelque chose (valeur sentimentale par exemple);
3° - caractère de ce qui est valable, de ce qui produit l'effet voulu.
 
Une oeuvre dite "d'art" devant forcément avoir un rapport, si ténu puisse-t-il être, avec l'art.
 
L'art pouvant être compris, ce qui en est quand même le sens le plus courant, comme :
1° - la création d'objets spécifiques destinés à produire chez l'homme un état de sensibilité et d'éveil plus ou moins lié au plaisir esthétique ou, plus généralement,  l'ensemble des disciplines artistiques consacrées à la beauté ou à l'expressivité des lignes, des formes ou des couleurs, appelées aussi "beaux-arts";
2° - l'ensemble des moyens, des procédés, des règles intéressant une activité ou une profession (l'art de la guerre, l'art culinaire, etc.), voire ce qu'on appellait autrefois familièrement "la belle ouvrage".
 
En vertu de ces critères, quelle valeur peut-on alors accorder à un monochrome de KLEIN ou à un soi-disant "objet d'art" de Malevitch comme, par exemple, celui-ci :  ?
 
Les plus grands musées et les plus grandes collections seraient-ils donc pleins d'objets totalement dénués de valeur ?
Car cette chose produit-elle l'effet escompté en éveillant notre sensibilité ou en provoquant en nous une véritable extase sur le plan esthétique ? Cela nous inspire-t-il quelque chose sinon un immense dégoût tant il est déplaisant de se faire prendre pour un imbécile ?
et, parce que, après tout, c'est tout de même ce que nous attendons le plus souvent lorsque nous allons dans un musée voir des oeuvres d'art, pouvons-nous raisonnablement trouver ça beau ?
 
La question se pose de la même  façon à propos du peintre américain d'origine russe Marcus ROTHKOWITZ dit "Mark ROTHKO", homme pourtant extrêmement cultivé qui aimait la musique, la littérature, la philosophie et la mythologie grecque. Après des études à la Lincoln High School de PORTLAND, puis à l'université de YALE, il deviendra professeur de dessin pour enfants en 1929 et fondera, en 1934, l'Artist Union de NEW-YORK; mais qui est connu aujourd'hui dans le monde entier et reconnu comme un immense artiste pour des choses comme ça :
 
Absence totale d'émotion, aucune recherche d'ordre esthétique comme on pourrait pourtant en attendre dans l'harmonie des couleurs ou la recherche de justes proportions dans la composition. Peut-on seulement qualifier cela de "belle ouvrage". Y a-t-il performance au niveau de la réalisation technique ? Pour ma part, comme le petit garçon du conte d'ANDERSEN "les habits neufs de l'empereur", je m'obstine à crier qu'il n'y a pas d'habit du tout !!!! Et c'est totalement à poil que l'empereur se pavane !
 
Et pourtant ROTHKO figure maintenant dans les plus grands musées :
à la Tate Gallery à LONDRES :
et, bien entendu, au centre Pompidou de PARIS avec ça :
 Alors, totalement dénuées de valeur les oeuvres de ROTHKO ? Certainement pas puisque ayant au moins une valeur marchande considérable, son "Hommage à MATISSE" de 1953 ayant été vendu en novembre 2005 pour l'incroyable somme de 22,5 millions de dollars ! Son chef-d'oeuvre (par le prix obtenu) étant ce magnifique "Centre blanc"  daté de 1950 et acheté 72,8 millions de dollars par l'émir du Qatar en mai 2007 ! On aurait pu en acheter des pots de confiture d'abricot pour ce prix !
 
D'ailleurs, près de 73 millions de dollars, ça vous évoque quelque chose ? Au cours de ce matin ( 1 euro = 1,35 dollar), cela représente 53.885.069,24 € ce qui, avec un SMIC net actuel à 1.037,53 € par mois, représente le salaire net d'un smicard pendant ... 4.328 ans !
C'est de bon ton d'éplucher les rémunérations, toujours jugées excessives, des chefs d'Etat, ministres, élus, sportifs de haut niveau ou grands patrons. Mais on ignore généralement les sommes absolument vertigineuses dépensées au nom de l'Art (avec un grand A pour un tel prix !)
 
Comment en arrive-t-on là ?
 
Dans le cas de ROTHKO, la chance viendra d'un certain Duncan PHILIPS qui, dans les années 1950, lui achètera plusieurs tableaux et lui consacrera une salle entière de sa collection, ce qui, soit dit entre nous, était le rêve de ROTHKO qui, en toute modestie, souhaitait que les visiteurs ne soient pas perturbés par d'autres oeuvres que les siennes.
 
L'essentiel est fait. Il faut encore envelopper dans un joli paquet cadeau et justifier le choix. Ca, c'est le rôle de la critique.
De lui, on va expliquer que "Craignant que la peinture moderne américaine ait atteint une impasse, il est attentif à l'exploration de sujets différents des scènes naturelles et urbaines; des sujets qui complèteraient son souci croissant de la forme, la spacialité et la couleur". Certes !
Ainsi, hostile à l'expressionnisme de l'Action Painting, ROTHKO va inventer une nouvelle façon, méditative, de peindre que le critique Clement GREENBERG définira comme le "Colorfield Painting" composé de champs colorés.
Dans ses toiles, ROTHKO s'exprime exclusivement par le moyen de la couleur qu'il pose sur la toile en aplats à bords indécis, en surfaces mouvantes, parfois monochromes et parfois composées de bandes diversement colorées. Ainsi, toujours selon les critiques, atteint-il "une dimension spirituelle particulièrement sensible" l'avantage d'une telle affirmation étant ... qu'elle ne veut rien dire !
En tout cas, les années 1960 seront pour ROTHKO la période des grandes commandes publiques et du développement de ses idées sur la peinture.
Victime d'un anévrisme de l'aorte, Mark ROTHKO se suicidera en 1970.
 
Mais l'épisode ROTHKO a le grand mérite de bien situer le problème de la création artistique dont la seule valeur reconnue est désormais celle du prix qu'on veut bien mettre pour l'acquérir.
L'Art, du coup, prend une tout autre dimension : Il devient objet spéculatif et la seule chose qui intéresse désormais chez un artiste est, non son talent, mais ... sa cote !
 
Que voilà un sujet intéressant car, en art, on pourrait s'attendre à voir les enchères se porter sur des valeurs sûres, des Rembrandt, Vinci, Rubens ou autres Vermeer encore qu'il n'en traîne que peu sur le marché. Mais, nous le verrons : Il y en a.
Ce sera l'objet du prochain billet mais, déjà, afin que vous ayez une idée juste de sur quoi on spécule, sachez, puisque cet "artiste" a fait l'objet de l'essentiel du billet du jour, Que ce cher ROTHKO fait  un malheur dans les ventes publiques depuis quelques années.
Parmi les meilleures ventes entre mai 2003 et mai 2007, on compte, toutes galeries confondues, pas moins de six oeuvres "majeures" de ROTHKO vendues à des prix exorbitants. Jugez-en :
 
- le 14 mai 2003, vente chez Christie's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO intitulée " n° 9" pour un prix de 16,359 millions de dollars : 
 
- le 9 novembre 2004, vente chez Sotheby's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO intitulée "n° 6" pour un prix de 17,368 millions de dollars : - En 2005, vente chez Christie's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO intituée "Hommage à MATISSE" pour un prix de
22,416 millions de dollars :
 
- Le 15 mai 2007, vente chez Christie's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO intitulée  "Centre blanc" pour un prix de 72,840 millions de dollars :
 - le 16 mai 2007, vente chez Christie's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO sans titre pour un prix de 22,440 millions de dollars :
 
- Le même jour, vente chez Christie's à NEW-YORK d'une toile de ROTHKO sans titre pour un prix de 26,920 millions de dollars : soit, en quatre ans, ventes aux enchères publiques de six toiles de ROTHKO pour un prix total de ... 178.343.000 dollars.
A l'évidence, l'abondance soudaine de l'offre ne fait en rien baisser la cote !
 
Et, dans son article qui m'a déterminé à rédiger ce blog, Luc FERRY n'avait certainement pas tort d'affirmer : "Du coup, une blague de DUCHAMP comme l'urinoir vaut un VERMEER et un monochrome de KLEIN un VAN GOGH.
 
Je n'ai pas encore trouvé trace de ventes de monochromes de KLEIN et VAN GOGH se vend encore plutôt bien. En revanche, je rappelle qu'un exemplaire de la latrine de DUCHAMP s'est vendu, en 1999, 1.677.000 euros alors que la meilleure vente d'un VERMEER fut réalisée chez Sotheby's à LONDRES avec "jeune femme assise devant un virginal" pour un prix de 30 millions de dollars, soit : 22,289 millions d'euros, mais pour un petit tableau de 22, 5 x 20 cm qui ne figure pas parmi les oeuvres majeures du maître de DELFT mais, toutes proportions gardées, n'oublions pas qu'il s'agit, d'un côté, d'un VERMEER de 1670 et, de l'autre, d'une porcelaine à usage sanitaire vendue moins de 300 euros dans le commerce !
Et que, à 22 millions d'euros, cette petite merveille de VERMEER ne vaut guère plus que deux ou trois bandes de couleurs imprécises de ROTHKO.
D'ailleurs, REMBRANDT n'est guère mieux loti avec son "Jacques le Majeur" vendu chez Sotheby's à NEW-YORK le 25 janvier 2007 pour environ 18 millions d'euros.
 
 
 
D'ailleurs, à comparer le VERMEER

 à l'urinoir de DUCHAMP c'est sûr qu'il n'y a pas photo !

(à suivre)

March 30

DE L'IMPOSTURE DANS L'ART OU L'ART DE DEVENIR UN IMPOSTEUR (SUITE)

Le billet précédent se terminait par la superbe imposture de deux "artistes" qui se foutaient franchement du monde.
Ainsi, Yves KLEIN et ses monochromes qui ne sont jamais que des panneaux peints d'une couleur uniforme. A noter que l'un d'entre eux se trouve exposé au Centre POMPIDOU (les contribuables français l'auront payé et sans doute fort cher !) avec ces étonnantes précisions :
 
Yves Klein et Martial Raysse
Niveau 4 - section 3
Elément 2 sur 7
Art contemporain
Peinture (monochrome)
 
avec quelques détails autant savoureux que complémentaires :
 
Artiste : Yves Klein
Date 1960
Dimensions : 1,53 m x 1,99 m
Matériaux : Résine synthétique sur toile marouflée sur bois. Pigment pur
Acquisition : Achat (1974)
Nouveau Réalisme.
 
En vous rappelant tout de même que c'est de ça :  qu'il s'agit !
Enfin, grâce aux précisions fournies par le musée, nous ne mourrons pas complètement idiots !
Encore que, entre yves KLEIN et Martial RAYSSE, tous deux cités comme étant les auteurs de ce chef-d'oeuvre, on aimerait savoir qui a fait exactement quoi ! Pas de problème de couleur puisqu'on nous précise qu'il s'agit d'un "pigment pur", la seule difficulté technique semblant être dans le marouflage de la toile, travail purement artisanal ! On croit vraiment rêver !
 
Quant à l'ineffable MALEVITCH, il aurait pu se contenter de son carré noir sur fond blanc pour exprimer ses nouvelles théories à partir de 1915 à savoir qu'il ne cherchera plus dans ses tableaux une réalité tangible et concrète, mais dépassera en quelque sorte les cubistes en imposant "la décomposition du visible" (sic) !
Il va alors réaliser de la non-figuration qui sera un système en soi : la forme simple du carré en sera la partie primitive, le cercle et la croix, des éléments de base. Le motif ne sera pas résolu et ne s'évaporera pas en lignes de couleurs; Nous nous retrouvons alors dans un monde d'éléments en a-pesanteur, structuré, un art hors de la représentation (mais où vont-ils chercher tout ça ?) ce qui va finalement donner ça :

 son art - puisqu'il faut bien, semble-t-il, appeler quand même ça de l'art - atteignant son apogée en 1918 avec "carré blanc sur fond blanc" ! Dont je ne pense pas qu'il soit utile de vous donner ici une reproduction.

Mais il serait malséant de condamner les seuls "artistes", une telle imposture n'étant évidemment possible qu'avec de nombreuses complicités : critiques d'art, organisateurs d'exposition, directeurs de musées, voire ministres en charge de la Culture !

Maintenant, accrochez-vous bien car, avec l'exemple suivant, nous allons atteindre des sommets !

Il s'agit de la "Fontaine" de Marcel DUCHAMP, plus connue sous le nom de "L'URINOIR".

au départ, il s'agissait rien moins que d'une grosse farce de la part de DUCHAMP pour se moquer du NEW-YORK mondain du salon des ARENSBERG qu'il fréquentait alors, l'idée étant de présenter un objet parfaitement ridicule à l'intérieur d'une exposition.

L'objet en question était un urinoir ("fountain" en anglais) en faïence blanche portant simplement la signature "R. Mutt 1917", donc un objet acheté déjà fabriqué (ready-made).

 Difficile en effet de trouver plus ridicule que cet objet qu'on peut trouver dans n'importe quelles chiottes publiques !

Il s'agissait donc de la part de l'artiste d'un simple acte de provocation. D'autant que, comme il fallait s'y attendre, l'oeuvre fut refusée comme n'étant pas de l'art. Il se trouva pourtant une dame, Beatrice WOOD, pour défendre la fontaine en prenant pour argument que "les seules oeuvres d'art que l'Amérique ait données sont ses tuyauteries et ses ponts". Finalement acheté par le couple ARENSBERG, l'objet fut remisé quelque part, puis oublié, perdu, volé puis retrouvé et la farce aurait pu - AURAIT DU - s'arrêter là !

Eh bien non. La bêtise humaine étant sans limite, la "FONTAINE" de DUCHAMP apparaît aujourd'hui comme une icône de l'art du XXème siècle et ses répliques, certifiées par DUCHAMP dans les années 1960, sont aujourd'hui exposées dans bien des musées dont, bien entendu, le centre POMPIDOU ! Allons-y, aimables contribuables, encore une fois, à vos poches !!!!

Rebondissement inattendu en 1963 où, dans le cadre de la première grande rétrospective dadaïste au Pasadena Museum of Art de LOS ANGELES, on demande à Marcel DUCHAMP de recréer "Fontaine" et, devant le succès obtenu, il reçoit la commande de vingt de plus !

A la fin des années 1960, l'objet est reconnu comme oeuvre et entre dans l'histoire de l'art ouvrant la porte à la théorie du ready-made, où de simples objets deviennent oeuvre d'art par le choix conscient d'un artiste et, a fortiori son exposition dans un contexte muséographique.

Intéressant de voir comment est présenté l'exemplaire conservé au Musée national d'Art moderne de PARIS :

"Fontaine, de Marcel Duchamp. Musée national d'Art moderne. 3ème réplique. Réalisée sous la direction de l'artiste en 1964 par la galerie Schwarz. Faïence blanche recouverte de glaçure céramique et de peinture. 63 x 48 x 35 cm."

Encore mieux à LONDRES :

"Fontaine, Marcel Duchamp. Tate Modern, Londres. Réplique de 1964 certifiée par l'artiste et réalisée par le marchand d'art Arturo Schwarz, d'après une photographie de Alfred Stieglitz. Porcelaine, 360 x 480 x 610 mm."

On ne serait certainement pas plus précis chez JACOB-DELAFON ! Et, en tout cas, infiniment moins cher !!!

Bien sûr, les "exégètes" de la pensée de DUCHAMP ne manqueront pas avec des commentaires qui, d'un banal objet sanitaire, vont faire, très officiellement, une oeuvre d'art à part entière. Et si DUCHAMP lui-même s'était bien amusé en 1917, il ne vit aucun inconvénient, en 1964, à faire réaliser, sous son contrôle et certifiées par lui, une vingtaine de copies qui auront évidemment changé de prix puisque de catégorie. Pour mémoire, en novembre 1999, l'un de ces urinoirs a été vendu aux enchères pour la somme de ... 1,677 millions d'euros ! (petite parenthèse : Nous sommes là bien loin des chiottes ouzbek telles que représentées sur cet espace dans un très récent album photo intitulé "Ouzbekistan XV - de BOUKHARA à KHIVA" et qu'on aurait du mal à faire passer pour des oeuvres d'art !)

"Duchamp, en mettant fin à l'hégémonie du visuel dans l'histoire de l'art, a, à travers son urinoir, ouvert une nouvelle ère artistique où l'art contemporain puise ses racines : l'art conceptuel notamment reconnaît dès son émergence dans les années 1960 la parenté de Marcel Duchamp. Amateur de jeux de mots, Duchamp valorise l'idée au détriment de la technique, reléguant l'expression "aussi bête qu'un artiste" aux annales de l'histoire : la conception d'une oeuvre devient l'objet d'un processus intellectuel plutôt que d'un savoir-faire et d'une finalité formelle".

J'aurais aimé pouvoir citer ma source pour ces propos recueillis sur le net, mais j'en ignore l'auteur que cependant je ne complimente pas pour avoir écrit de telles âneries. Car le choix d'un urinoir dans le but de faire une blague devenant "un processus intellectuel", tout de même, il fallait y penser ! Enfin, on en apprend tous les jours et j'aurai désormais la satisfaction, en allant au supermarché du coin acheter mon papier-cul de savoir que j'ai utilisé un processus intellectuel ce qui, sans aucun doute, m'aura rendu plus intelligent.

Mais l'affaire suit son cours et le Pop Art réactivera dans les années 1960 le concept de ready-made, devenu un medium courant par la suite, poursuivant le processus de désincarnation visuelle de l'objet d'art entamé par DUCHAMP.

Ainsi, un des urinoirs, créés par DUCHAMP durant sa vie, peut être maintenant vu au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou à PARIS depuis 2002, un autre est visible à l'Indiana University Art Museum et, ainsi que vu précédemment, un autre à la Tate Gallery à LONDRES.

On a d'autre part beaucoup spéculé sur l'énigmatique signature "R. Mutt" mais je vous passe le détail de ces interprétations toutes plus farfelues les unes que les autres et DUCHAMP ne s'est jamais expliqué à ce sujet.

En décembre 2004, La Fontaine de DUCHAMP a été élue comme le modèle le plus influent du XXème siècle par 500 personnalités parmi les plus influentes du milieu britannique de l'art. L'apothéose en sorte ! Quel chemin parcouru pour une modeste latrine destinée à une plaisanterie de potache !

L'art se sort-il grandi par cette péripétie ? A vous de juger.

Mais, attendez ... Ne partez pas encore car, dans le genre burlesque, on va encore jouer les prolongations.

Et ce grâce à un certain Pierre PINONCELLI, peintre et artiste comportemental français qui se fera connaître par des happenings spectaculaires et provocants auxquels il va se consacrer exclusivement à partir de 1967.

Le 25 août 1993, au Carré d'Art de NIMES, il va uriner dans la Fontaine de Marcel DUCHAMP, puis lui donner un violent coup de marteau. Il sera pour cela condamné à un mois de prison avec sursis et à 286.000 francs de dommages-intérêts.

Le 4 janvier 2006, il va de même attaquer au marteau un urinoir de DUCHAMP figurant dans l'exposition Dada au centre Georges-Pompidou à PARIS, l'ébréchant légèrement. Il sera condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis et à 214.000 euros de dommages-intérêts

(une somme multipliée par cinq par rapport au précédent jugement de 1993) et, en appel, à trois mois de prison avec sursis, le musée n'obtenant, cette fois, pas de dommages-intérêts.

Je vous livre cependant son plaidoyer car il ne manque pas de bon sens au point que, dans cette affaire, il semblerait même que PINONCELLI soit le seul à être demeuré quelque peu lucide :

"L'esprit dada, c'est l'irrespect ... C'était  un clin d'oeil au Dadaïsme; j'ai voulu rendre hommage à l'esprit dada." (Pour mémoire, Dada est un mouvement de révolte né pendant la première guerre mondiale dans les milieux intellectuels et artistiques occidentaux, mouvement qui s'est traduit par une remise en question radicale des modes d'expression traditionnels).

PINONCELLI accuse par ailleurs le directeur du musée national d'Art moderne, Alfred PACQUEMENT, qui s'est porté partie civile, de diriger une institution qui représente "le point extrême de l'imbécillité convulsive".

Lors de sa défense devant le tribunal correctionnel de NIMES, il avait déclaré qu'il s'agissait "d'achever l'oeuvre de Duchamp, en attente d'une réponse depuis plus de quatre-vingts ans; un urinoir dans un musée doit forcément s'attendre à ce que quelqu'un urine dedans un jour, en réponse à la provocation inhérente à la présentation de ce genre d'objet trivial dans un musée.

L'appel à l'urine est en effet contenu ipso facto - et ce dans le concept même de l'oeuvre - dans l'objet, vu son état d'urinoir. L'urine fait partie de l'oeuvre et en est l'une des composantes. Y uriner termine l'oeuvre et lui donne sa pleine qualification."

Propos finalement pleins de bon sens ! Honte aux juges qui, en appel, ont rendu un arrêt mi-chèvre mi-chou ne donnant au fond satisfaction à aucune des deux parties. Il est vrai que le directeur du musée réclamait, en dédommagement, des millions d'euros pour une porcelaine qui, dans le commerce vaut environ ... 300 euros !

En tout cas, cette affaire d'urinoir qu'on aurait plutôt vu évoquée dans "Clochemerle" que dans les tribunaux de la République avec mise en cause de l'Etat par l'intermédiaire de ses musées dits "nationaux" n'est pas faite pour nous rassurer sur l'aspect pédagogique que pourrait procurer une visite de ces musées dont Luc FERRY pense qu'ils sont devenus "des supermarchés culturels dénués de sens". J'ai du mal à penser qu'il ait tort !

(à suivre)

 

DE L'IMPOSTURE DANS L'ART OU L'ART DE DEVENIR UN IMPOSTEUR

Dans le complément "LE FIGARO et vous" du dimanche 29 mars, un excellent article-entretien de Luc FERRY, philosophe et ancien ministre de l'Education Nationale, sur les musées avec ce titre évocateur : "DES SUPERMARCHES CULTURELS DENUES DE SENS".
 
 Je cite :
 
" Il y a, on peut dater cela d'une vingtaine d'années, un phénomène massif en Europe, celui de la création de musées. En effet, depuis les années 1990, s'est créé un musée par jour en Europe ! Toutes sortes de musées, évidemment : ça peut être des musées des Arts et Traditions locales, le musée de la crêpe, que sais-je ... On a là quelque chose qui est à la jonction entre une exigence touristico-commerciale d'un côté et, de l'autre, nous avons un mouvement de fond lié à l'histoire de l'individualisme moderne, c'est-à-dire cette volonté, face à un monde du déracinement, de retrouver constamment un sens à l'histoire.
 
On pourrait effectivement se dire que cela est formidable, même si on n'est pas passionné par tel ou tel artiste, Warhol par exemple. On pourrait avoir le sentiment légitime que le fait que des gens se précipitent dans des musées - "pendant ce temps, au moins, ils ne sont pas au café", comme disait ma grand-mère ! - est une bonne nouvelle, mais, en fait, il faut se méfier. La vérité, c'est qu'on a remplacé la dimension du sens, qui s'est complètement évanouie, au profit d'une espèce de gigantesque supermarché culturel qui fascine les gens. D'où le danger. Quand vous suivez une classe ou un car de touristes dans les allées du musée du quai Branly, vous entendez des remarques, devant un masque dogon ou autre, du type : "Je n'aimerais pas avoir ça dans mon salon" et on prend pour des oeuvres d'art ce qui est symbole religieux dont nous avons perdu la signification. Donc ce n'est pas si réjouissant que ça.
 
Qu'est-ce qui fascine dans l'avant-garde ? Ce n'est pas du tout sa beauté ni son intérêt intrinsèque. Une grande partie de l'art contemporain est d'une insignifiance et d'une vulgarité sans nom, mais ce qui fascine c'est qu'il appartient déjà à l'histoire. Evidemment que Warhol appartient à l'histoire. Il y a le même phénomène pour les montres ou pour les voitures. Vous avez des Bugatti qui coûtent des millions d'euros. Dès qu'une chose est consacrée par l'histoire, la jonction entre celle-ci et la mondialisation fait que ça n'a plus de prix. Là aussi, ce n'est pas particulièrement réjouissant : De même que l'intérêt purement consumériste a remplacé la question du sens, l'intérêt pour une oeuvre d'art n'est plus lié au fait qu'elle traduise une grande expérience humaine ou qu'elle apporte quelque chose d'éclairant à l'humanité, mais au fait qu'elle appartient à une histoire. La mondialisation sacralise tout ce qui est moment de l'histoire universelle. Du coup, une blague de Duchamp comme l'urinoir vaut un Vermeer et un monochrome de Klein un Van Gogh ! Et, disons-le, Malevitch n'a jamais eu une émotion en faisant son carré noir sur fond blanc. Il a simplement voulu tourner en dérision le modèle de la perspective. Point. Donc, le phénomène de massification du musée est une forme d'abrutissement suprême de la société de consommation, qui ne sait même plus qu'elle est dans un paradoxe insondable : le subversif absolu est devenu la soupe populaire."
 
Et, à la question posée : "Quelle est la solution ? Nous allons donc au musée comme des moutons en transhumance, par désoeuvrement un jour de pluie ?" Ferry répond :
 
"L'objectif absolu - qui revient non pas au ministère de la Culture mais à celui de l'Education -, c'est de redonner la dimension sémantique sans laquelle la visite du musée est contre-productive, car elle met dans la tête des enfants de fausses valeurs. Il faut leur donner les clés pour comprendre, pour ne pas les rendre aussi bêtes que nous le fûmes dans les années 1950."
 
Cela va faire hurler, c'est sûr ! A commencer, sans doute, par sa collègue, l'actuelle ministre de la Culture et, pour ma part, je trouve que Luc FERRY s'est montré fort courageux en osant enfin dire ce que j'attendais depuis bien longtemps car l'imposture prend des dimensions colossales, elle rend idiot et peut même coûter très cher au contribuable !
Cela fait des décennies qu'on nous rejoue "les habits neufs du Grand-Duc" et que tout le monde applaudit à n'importe quelle ineptie de peur de passer pour ignorant, voire franchement imbécile !
 
Mais montrons par l'exemple à quel point Luc FERRY a raison et n'exagère en rien :
 
Le phénomène Andy WARHOL d'abord, lui dont on n'hésite pas à dire qu'il est l'un des artistes les plus influents du XXème siècle, Andrew WARHOLA de son vrai nom auquel on consacre justement en ce moment, et jusqu'au 13 juillet, une grandiose exposition au Grand Palais à PARIS. Présenté dans ses biographies comme "artiste et homme d'affaires" le second l'emportant sûrement largement sur le premier.
Car pourquoi une telle notoriété et ... une telle cote ?
"Si on n'a pas de Rolex à cinquante ans, on a raté sa vie" disait récemment le publiciste Jacques SEGUELA avant ... de vendre la sienne aux enchères. On pourrait facilement extrapoler et, chez les snobs conserver la citation en remplaçant ROLEX par WARHOL ! Et pourtant !
Illustrateur publicitaire, WARHOL, après pas mal d'échecs, adhéra au Pop-Art, mouvement lancé à LONDRES en 1950 et tenta de rendre la culture populaire et commerciale plus élitiste ce qui n'est certainement pas la démarche idéale pour faire progresser la connaissance des Arts.
En 1963, il va adopter la technique qu'il utilise pour ses oeuvres les plus célèbres et surtout les plus vendues : la photographie sérigraphiée et reportée sur toile. Les photos étant en noir et blanc, le fond de la toile est coloré et le sujet imprimé avec seulement quelques détails pour le rendre plus neutre, le tout étant ensuite rendu par la technique de la sérigraphie, le motif étant parfois reproduit plusieurs fois sur la toile :

Les figures favorites de WARHOL étant soit les noms de marque déposés, le signe du dollar ou les visages de célébrités. Et, tant qu'à faire, des personnes très connues : Marilyn MONROE bien sûr, dont il fut amoureux dans les années 1950-1955, mais aussi Che GUEVARA, Liz TAYLOR, Jackie KENNEDY, MAO, la reine ELIZABETH et ... lui-même. La culture la plus populaire élevée au statut de Grand Art ! Mieux : Pour se distinguer d'autres stars du Pop-Art comme LICHTENSTEIN ou Jasper JOHNS, il va se trouver un thème bien à lui : la chose qu'il adore le plus par dessus tout. Ainsi, pour sa première exposition majeure, va-t-il peindre les fameuses conserves CAMPBELL'S SOUP, une oeuvre qui est encore aujourd'hui considérée comme sa marque de fabrique ! Alors, l'un des artistes les plus influents du XXème siècle, WARHOL ? Certes, libre à chacun d'aimer ou non, mais quand même ... D'où le supermarché culturel dénoncé justement par Luc FERRY ! D'ailleurs, des WARHOL, en reproductions, vous en trouverez partout : chez IKEA ou sur e.BAY.

La dernière grande expo au Grand Palais (dont j'ai rendu compte sur cet espace avec un succès qui ne se dément pas, ayant, sur ce sujet, des dizaines de visites chaque jour via Google), était consacrée à Gustave COURBET ! Je crois que cela se passe aisément de commentaires et quitte à faire de la peine à la grand-mère de notre ancien ministre de l'Education, lorsque j'irai à PARIS dans quelques jours, je pense aller plutôt au bistrot qu'au Grand Palais.

Tout à fait juste également, la remarque de Luc FERRY à propos du musée du quai Branly, qui d'ailleurs a beaucoup déçu l'ancien historien d'Art, ayant exercé de longues années en Afrique tropicale, que je suis.

Il cite en exemple un masque dogon. Je vous en propose ci-après un de ma collection perso :

d'une qualité et d'une authenticité qui n'ont rien à envier à ceux qui sont présentés quai Branly.

Ces masques, dogon ou autres, ont été fabriqués dans un but essentiellement rituel et si nous n'en avons pas tous perdu la signification, il faut savoir qu'il n'y a, chez leurs auteurs, aucun souci esthétique. Pour les avoir enseigné pendant quelques années, aussi bien au Mali qu'au Sénégal, je peux vous affirmer que "les arts nègres" sont pure invention des Blancs. De plus, ces pays, autrefois animistes, sont presque tous devenus musulmans au nord de l'Equateur (90 % de la population au Mali et au Sénégal, mais également dans les pays voisins : Burkina-Faso, Niger, nord du Nigeria et de la Côte d'Ivoire, etc.) ou plus ou moins chrétiens plus au sud, deux religions qui rejettent maintenant ce qui est considéré comme des "idoles", les "bons pères" en ayant beaucoup brûlé, les Musulmans ayant vendu la plupart des autres.

Ces masques ou statues, n'ayant aucun but esthétique chez leurs auteurs (généralement de la caste des forgerons, caste encore à la fois crainte et méprisée) et n'ayant plus aucune valeur sur le plan religieux, faut-il les considérer comme des oeuvres d'art alors qu'il s'agit plutôt d'objets dont le principal intérêt se trouve dans l'étude des civilisations ? Jacques CHIRAC, qui a voulu ce musée et qui semble s'intéresser beaucoup à ce qu'il appelle à tort "les arts premiers" doit avoir quelques lacunes pour ce qui concerne l'histoire de l'art et des civilisations.

Mais le pire reste à venir car il va me falloir maintenant vous parler de ce que Luc FERRY qualifie "d'insignifiant et d'une vulgarité sans nom" avec quelques exemples stupéfiants tant ils démontrent que la stupidité humaine n'a décidément aucune limite.

Ce billet étant déjà suffisamment long, je ne veux pas le rendre indigeste et renvoie à un prochain le reste de la démonstration, mais vous donne tout de suite deux exemples particulièrement frappants afin que vous ayez vraiment envie de lire la suite.

Luc FERRY a évoqué les monochromes de KLEIN et le "carré noir sur fond blanc" de MALEVITCH, oeuvres élevées au rang d'immortels chefs-d'oeuvre par ces éminents critiques qui tiennent absolument à nous faire passer pour les rois des cons. Les voici :

Non, vous ne rêvez pas : la chose de couleur bleue et le carré noir sur fond blanc sont considérés comme des chefs-d'oeuvre de la peinture contemporaine !

Ai-je tort de parler d'IMPOSTURE ?

(à suivre)

March 28

OUZBEKISTAN XVI - BOUKHARA V

L'après-midi du 25 mars, en quittant la mosquée, nous passons par le MAZAR CHACHMA AYOUB qui signifie "source de Job" car, selon la légende, Job, le prophète de l'Ancien Testament, aurait fait jaillir une source d'eau pure en plantant son bâton de pélerin à cet endroit
 Les textes coraniques ont fait de Ayoub (nom arabe de Job) le patron des sources.
Les récentes recherches archéologiques ont établi qu'un mazar fut construit à cet endroit dès le IXème siècle, mais le bâtiment actuel date des XIVème et XVIème siècles. C'est le seul bâtiment de BOUKHARA qui date de l'époque de TAMERLAN.
 
Le dôme, de forme conique, construit au XIVème siècle, est typique de l'architecture du KHOREZM et fut exécuté par des artisans de KOUNIA OURGENTCH que TAMERLAN avait ramené de ses campagnes militaires.
La coupole ronde à lanterne a été rajoutée au XVIème siècle. La source, réputée pour ses vertus curatives, est censée guérir les maladies de la peau. Le mazar abrite aujourd'hui un musée consacré à l'histoire et aux différentes techniques d'alimentation en eau de BOUKHARA en rappelant l'importance de l'eau dans ce pays formé, pour la plus grande partie, de déserts, les grandes villes ayant été bâties dans des oasis sur la route de la soie.
 
Plus loin, dans le parc SAMANI, se trouve le mausolée ISMAIL SAMANI surnommé "la perle de l'Orient".
 
Ce mausolée des Samanides demeura pourtant oublié au fond d'un cimetière. Il fut mis à jour par l'archéologue CHICHKINE en 1930 à l'occasion de l'aménagement du parc SAMANI alors qu'il était noyé au milieu d'autres tombes, enfoui sous plusieurs mètres de terre ce qui lui a d'ailleurs permis de traverser sans dommage mille ans d'histoire.
 
Aujourd'hui, la nécropole a disparu et un parc a été aménagé autour du mausolée, un bassin ayant été creusé pour lui redonner sa configuration originale. Les Ouzbek y vénèrent le fondateur d'une des plus prestigieuses dynasties d'Asie centrale.
 
La "perle de l'Orient" est le témoin de l'âge d'or de BOUKHARA. Construit au début du Xème siècle par Ismaïl SAMANI pour son père Akhmad, ce tombeau dynastique est le plus ancien mausolée musulman non seulement d'Asie centrale, mais, sans doute, du monde.

 Le mausolée est conçu comme une représentation symbolique de l'Univers : un cube aux quatre façades identiques, symbole de la terre et de la stabilité, surmonté d'un dôme demi-sphérique qui est la représentation sogdienne de l'univers.

Les techniques décoratives faites de briques assemblées par groupes de quatre ou cinq dans des sens différents constituent une innovation qui marquera les siècles suivants :

 

Le mausolée compte 18 combinaisons différentes, y compris en trois dimensions. Selon la position du soleil, les jeux de briques confèrent au monument un éclairage et un aspect différent et mouvant malgré la sobriété de sa forme.

Les constructeurs ont utilisé la brique cuite cimentée au jaune d'oeuf et au lait de chamelle. Ce matériau inhabituel et son assemblage savant permirent au monument de traverser plus d'un millénaire sans souffrir des tremblements de terre.

A 5 km de la ville, se trouve SITORI-I-MOKHI KHOSA, le palais de la lune et des étoiles.

Un premier palais, entouré de jardins, avait été construit par l'émir Akhad KHAN à la fin du XIXème siècle. Alim KHAN, son fils, y ajouta un nouveau bâtiment en 1914.

Le dernier Khan de BOUKHARA avait fait ses études à SAINT-PETERSBOURG et son mode de vie s'en ressentait. Il commanda donc un palais qui se voulait sans doute à la pointe de la modernité et qui mêlait l'architecture russe au style décoratif d'Asie centrale.

Le palais comporte trois différents corps de bâtiments, transformés en musées : les appartements et salles de réception d'Alim KHAN, le palais octogonal et le harem.

Les pièces de réception de l'émir, construites en enfilade, sont un apport des architectes russes travaillant à la cour de l'émir.

 De nombreux paons agrémentent les jardins.

Nous terminerons la visite par la medersa TCHAR MINAR qui est caractérisée par quatre tours surmontées de coupoles d'un très beau bleu turquoise : En n'oubliant surtout pas, devant ce très bel édifice, que l'Ouzbekistan, ce ne sont pas seulement des monuments, mais des gens, très accueillants, très souriants et qui ont, ce qui est rare, plaisir à se laisser photographier. Ainsi cette adorable petite fille :  mais aussi cette vieille dame, paisiblement assise en face de la medersa :

En retournant à notre hôtel, nous passons devant un bâtiment de forme étrange et qui ne ressemble à rien de connu : Il s'agit en fait d'un ancien restaurant aujourd'hui fermé sans doute faute d'un nombre suffisant de touristes pour qu'il soit rentable.

Et c'est de façon très studieuse que notre petit groupe écoutera les dernières explications de notre guide alors que nous terminons notre séjour à BOUKHARA.

Demain, ce sera le départ pour KHIVA avec dix heures de route au travers du désert de KYZYL KOUM.

March 27

OUZBEKISTAN XV - BOUKHARA IV

Il ne fait pas beau à BOUKHARA ce 25 mars 2008. Temps gris et plutôt frisquet !
Nous commençons nos visites du jour par l'ARK, ancienne forteresse de l'émir.

Symbole de la ville interdite, les puissantes murailles crénelées qui entourent le palais de l'émir ont aujourd'hui retrouvé leur prestance féodale.

Cette colline artificielle d'une vingtaine de mètres de hauteur fut la résidence des seigneurs de BOUKHARA.

Sous le portail, seul vestige du XIXème siècle,

un couloir voûté est percé de douze sombres niches, étroites prisons insalubles où étaient enfermés les ennemis personnels de l'émir. C'est par ce couloir que les visiteurs entrent maintenant dans l'ARK où les vendeurs de souvenirs ont remplacé les prisonniers.

Les plus anciennes fondations retrouvées sur le site datent de plus de 2500 ans, mais la partie visible aujourd'hui est du XVIIIème siècle.

Le palais qu'on peut visiter maintenant date des khanats ouzbek du XVIIIème et du début du XXème siècle.

L'ensemble comprenait des jardins, des bâtiments administratifs, des étables, des dépôts, le trésor, l'armurerie, des écuries, des prisons, une mosquée, des échoppes de joailliers et la résidence de l'émir. Il ne reste malheureusement aujourd'hui que 20 % de ces constructions. En effet, en septembre 1920, l'armée bolchevique tira au canon sur la citadelle et un incendie se déclara alors que l'émir Alim Khan s'enfuyait.

La plupart des bâtiments, comme les appartements du Koushbegi ou le Kori khana ont été transformés en musée.

On peut y voir de beaux objets anciens, des céramiques :

 mais également de vieilles photos qui témoignent de l'état dans lequel se trouvait la ville à la fin du XIXème siècle :

Attraction très appréciée des hommes ouzbek : Un trône doré et de riches vêtements sont mis à leur disposition pour une photo-souvenir.

Certains se sentent très honorés, voire émus de se retrouver dans une telle situation :

d'autres ayant du mal à assumer le rôle de l'émir !

En sortant de la citadelle et après avoir traversé la place déserte du Registan, on arrive à la mosquée BOLO-KHAOUZ, havre d'ombre très appréciable (par beau temps !) avec ses arbres entourant un grand bassin.

Des marches de marbre descendent vers les eaux sombres mais rafraîchissantes du bassin construit au XVIème siècle.

L'iwan (salle quadrangulaire, d'origine iranienne, grande ouverte par un arc brisé en façade ou sur la cour de certaines mosquées) est posé sur vingt piliers de bois dont la finesse inhabituelle donne à l'ensemble une allure aérienne.

Cette mosquée, l'une des plus belles de la ville, et toujours destinée au culte,   date de 1712. L'iwan est haut de douze mètres ce qui en fait l'un des plus hauts d'Asie centrale. Il a été rajouté au XIXème siècle.

Le minaret, lui, date de 1917. Il a mal vieilli, penchant de plus en plus avec un petit air de tour de Pise. Il est aujourd'hui renforcé par une armature de bois reliée au sol par des chaînes.

March 21

De la Force du Destin à celui, plus sordide que tragique, du pauvre Ugolin !

  Le thème du film "Manon des sources" a été emprunté à l'ouverture de "La Force du Destin" de Giuseppe VERDI, oeuvre que vous pouvez entendre ci-après dans un enregistrement réalisé en ... 1944, le Maestro Arturo TOSCANINI dirigeant le NBC SYMPHONY ORCHESTRA.

(l'image ci-jointe se rapporte à une représentation de 1907 avec CARUSO).

Certes, le choix ne manquait pas pour vous présenter cette magnifique ouverture mais ce n'est pas par hasard que, finalement, j'ai choisi la version TOSCANINI de 1944 qui, malgré ses 65 ans, est d'une qualité étonnante tant pour le son que pour l'image.

Et je ne trouve pas gênant le fait que, au début de l'ouverture, Yehudi MENUHIN, devenu Lord MENUHIN of STOKE d'ABERNON par la grâce de Sa Majesté Elizabeth II, fasse quelques commentaires sur ce remarquable enregistrement. 

 

Discussion sur YouTube - Toscanini FORZA Overture
       

Le choix de Jean-Claude PETIT de piquer ce thème à VERDI était-il judicieux ? A chacun d'apprécier mais, pour ma part, je ne vois pas ce que la version "Manon des sources" peut apporter à une oeuvre pleinement aboutie et qui rend parfaitement l'ambiance extrêmement tragique d'un opéra entièrement basé sur de terribles malheurs, le destin des principaux protagonistes, le vieux marquis de CALATRAVA, son fils Don CARLO et sa fille LEONORA s'avérant être des plus funestes puisque tous mourront de mort violente à la suite de stupides malentendus.

Les ennuis du pauvre Ugolin et des villageois privés, un temps, de l'eau de leur source ne méritaient certainement pas une musique d'une émotion aussi intense, une opinion qui, bien sûr, n'engage que moi.

March 19

Discussion sur YouTube - harmonica - Bande originale du film Manon des sources - Jean de Florette

 

Avec la musique de film de "Manon des sources" il ne s'agit pas d'un vulgaire plagiat, mais d'un emprunt.

Il est certain que, pour certains films, la musique joue un grand rôle dans sa réussite  (On imagine mal les westerns dits "spaghetti" sans la musique de  Ennio MORRICONE).

Les deux volets, "Jean de Florette" et "Manon des sources" (dans la version  de Claude BERRI en 1986) utilisent un même thème musical, très mélodieux même s'il est peut-être un peu trop dramatique pour illustrer l'oeuvre de PAGNOL qui tendrait plus vers la comédie que vers la tragédie.

Seulement, ce superbe thème n'est pas de Jean-Claude PETIT qui a signé la musique des deux films mais plus qu'inspiré par un extrait d'une célèbre ouverture d'opéra italien.

aurez-vous reconnu ce thème ?

Dans le cas présent, il faut reconnaître qu'il est d'usage de citer tout de même le compositeur italien en même temps que PETIT.

Donc, pas de plagiat; seulement un emprunt. Faut-il le considérer comme un vibrant hommage rendu à un très grand compositeur ou à une grande fatigue au moment d'exécuter une commande ? Là est la question.

Vous pouvez entendre, ci-dessous, le thème des deux films, joué à l'harmonica et, dans peu de temps, je vous proposerai l'oeuvre originale dont ce thème a été tiré.

 

Discussion sur YouTube - harmonica - Bande originale du film Manon des sources - Jean de Florette
    

March 18

OUZBEKISTAN XIV - BOUKHARA III

Ce n'est certes pas par hasard qu'on a donné aux grands centres commerciaux et artisanaux de la ville le nom de "coupoles" car les coupoles (presque toujours en briques) sont partout à BOUKHARA :
 la plupart du temps, coupoles rondes à lanternes, mais aussi coupoles à nervures, elles imposent leur marque à l'architecture typique de BOUKHARA.
 
Très différente et dans un style qui rappelle celui de SAMARKAND, la madrasa OULOUGH BEGH date de 1417. Comme son nom l'indique, elle fut construite par Oulough BEGH, le prince astronome de SAMARKAND, successeur de TAMERLAN.
 Cette madrasa de BOUKHARA fut la première des trois construites par OULOUGH BEGH, les deux autres se trouvant à SAMARKAND et à GIDJUVAN.
La madrasa de BOUKHARA est de taille inférieure à sa consoeur du Registan de SAMARKAND mais ses proportions harmonieuses et la savante sobriété de sa décoration en font un bel exemple de l'architecture médiévale boukharet un legs précieux de l'architecture timouride à BOUKHARA.
 
On retrouve, dans ce monument, les coupoles en céramique d'un bleu-vert qu'on ne trouve ordinairement qu'à SAMARKAND.

 On notera que l'inscription de la porte d'entrée rappelle la sagesse et l'ouverture d'esprit de son constructeur : "Aspirer à la connaissance est le devoir de chaque musulman et musulmane." Ouverture d'esprit que peu de ses contemporains et successeurs ont partagée puisque le bâtiment, comme toutes les madrasas, resta interdit aux femmes.

Une ouverture d'esprit en effet peu commune et qui valut à Oulough BEGH de se faire assassiner ce qui prouve que, chez les Musulmans, l'intégrisme n'est pas chose nouvelle puisque les faits remontent à près de six siècles !

Bien que l'édifice ne soit plus un lieu de culte, mais un musée, on a quand même commencé la restauration du mihrab de la mosquée :

Depuis la grande esplanade située au centre de l'édifice, on peut apercevoir le minaret KALON.

Cinq fois par jour, quatre muezzin grimpaient les 105 marches de son escalier intérieur pour appeler les fidèles à la prière.

Leurs voix portaient, dit-on, à plus de 8 kilomètres et les autres minarets relayaient l'appel dans un rayon de 16 kilomètres.

Surnommé "la tour de la mort", ce minaret, construit en 1127 par le Kharakhanide ARSLAN KHAN, ne servait pas seulement à appeler les fidèles à la prière. Au XVIIème siècle, c'est de son sommet que l'on jetait les condamnés à mort et autres impurs.

Le minaret servait aussi de point d'observation le jour et de phare la nuit. Tous les soirs, on allumait une bassine remplie d'huile placée au centre de la rotonde située au sommet ce qui permettait aux caravanes arrivant du désert de se repérer.

GENGIS KHAN, qui avait rapidement apprécié son importance stratégique, épargna le minaret alors qu'aucun autre monument de BOUKHARA ne survécut à son passage.

Haut de 48 mètres avec des fondations s'enfonçant à plusieurs mètres dans le sol, le minaret porte bien son nom, "KALON" signifiant : "le Grand". De forme légèrement conique, il est décoré d'une succession d'anneaux en briques cuites aux motifs géométriques, tous différents.

Fortement endommagé par un tir de canon sur ordre du général FROUNZE, le minaret fut restauré dans les années trente, mais perdit la tête au cours d'un tremblement de terre dans les années 70. Il fut, depuis, restauré par les soins de l'UNESCO.

March 13

Michel MAGNE a tout simplement copié Jean-Sébastien BACH

 

C'est sûr que quitte à copier un autre compositeur, autant choisir l'un des plus grands et, en l'occurence, Jean-Sébastien BACH en personne.

L'oeuvre présentée précédemment sous le nom de "cent mille chansons" sur une musique supposée être de Michel MAGNE est entièrement basée sur une mélodie copiée note pour note sur l'aria "Mache dich, mein Herz, rein" de la Passion selon Saint Matthieu BWV 244 de BACH.

Difficile en effet de trouver mieux !

Vous pourrez entendre la version originale en cliquant ci-dessous sur la petite flèche à gauche sous la fenêtre vidéo.

Discussion sur YouTube - 41 Mache dich, mein Herze, rein
      

Cet extrait de la Passion selon Saint Matthieu est interprété par le baryton-basse autrichien Walter BERRY accompagné, en concert, par un orchestre à cordes sous la direction de Karl RICHTER, l'un des interprètes les plus chevronnés de BACH à la tête de son Müncher Bach-Ensemble.

La Passion selon Saint Matthieu est incontestablement l'une des oeuvres majeures de la musique de tous les temps et, en tout cas, l'une des oeuvres vocales les plus abouties de BACH.

L'oeuvre fut jouée pour la première fois le 15 avril 1729, le jour du Vendredi Saint en l'église Saint-Thomas de LEIPZIG où BACH fut maître de chapelle de 1723 à sa mort en 1750.

Remaniée à deux reprises, la version définitive fut créée en 1736.

Il faut tout de même savoir que l'oeuvre reçut un mauvais accueil à sa création, LEIPZIG étant une cité protestante marquée par un piétisme austère, hostile aux effets dramatiques et à la puissance d'émotion d'une telle musique.

Tombée dans l'oubli, elle ne sera rejouée qu'un siècle plus tard, le 11 mars 1829, grâce aux efforts de Felix MENDELSSOHN-BARTHOLDY qui dirigea lui-même l'oeuvre avec l'Académie de chant de BERLIN et fit redécouvrir à ses contemporains l'oeuvre du Kantor de LEIPZIG.

Au XXème siècle, la Passion fut jouée et enregistrée (117 enregistrements entre 1930 et 2005) par les plus grands orchestres dirigés par les plus prestigieux chefs parmi lesquels : Wilhelm FURTWAENGLER, Karl RICHTER, Otto KLEMPERER, Hermann SCHERCHEN, Nikolaus HARNONCOURT, Gustav LEONHARDT, Ton KOOPMAN, Helmuth RILLING, Georg SOLTI, John Eliot GARDINER et Philippe HERREWEGHE.

Aussi, peut-on reprocher à MAGNE son plagiat sans aucune mention du véritable auteur, mais certainement pas son manque de goût !

Et cette anecdote prouve en tout cas qu'il connaissait bien La Passion selon Saint Matthieu de BACH ce pourquoi je ne peux que le féliciter malgré tout.

 

 
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